14.10.2009

J'ai envie de faire un Proust

Il m’a fallu près de trois romans, des centaines de lectures et des échanges passionnés avec des professionnels de l’édition pour enfin savoir comment je voulais écrire.

Pas facile, d’être un empirique.

D’hypothétiques exégètes parleraient d’une écriture qui se veut plus sèche, plus nerveuse, plus incisive, plus claque-dans-la gueule.

Appeler un chat un chat ; raccourcir les propositions ; abuser des sauts de ligne ; peser le poids de chaque mot dans la balance du rythme ; traquer l’adverbe superflu ; « rogner jusqu’à l’os » comme le disait mon collègue Gustave.

Le travail de relecture occupe une place de plus en plus importante dans le processus de création d’un de mes romans. Presque un quart du temps total.

Ce n’est pas par hasard.

Il faut que ça claque comme un fouet ; que le bon mot tombe au bon moment ; que le rythme soit syncopé si le contexte s’y prête.

Question de musique interne.

C’est comme ça que je veux écrire désormais, dans la mesure du possible.

Et pourtant…

Et pourtant, je me surprends à apprécier, dans mes lectures, de longues phrases complexes. Comme autant de respirations, de pauses, de lentes circonvolutions, de paresseux méandres où coulent les verbes.

Et je me demande. M’interroge.

Ça me prend d’un coup. Une envie de me payer une gâterie stylistique, un luxe à peu de prix. Et si je m’offrais une phrase de plus d’une ligne et demie ? Avec des propositions complexes ? Des incises sur lesquelles vient se heurter la lisibilité ? Des enchâssements ? Des virgules à foison ? En balancer une bien sévère, une phrase d’un paragraphe, touffue, luxuriante, étouffante ? Sinueuse à souhait, serpentine, vicieuse ? De celles qui vous font bugger le correcteur grammatical du traitement de texte ?

Alors j’essaye, discrètement, sans rien dire, juste pour voir.

Mais ça marche pas. Ce que j’apprécie chez les autres, rien à faire, chez moi, ça le fait pas. Ça me reste en bouche à la relecture, m’accroche la langue, m’oppresse, me donne l’impression de glavioter mon dentier.

Alors je supprime.

Sans regrets ni amertume. Juste en m’interrogeant : suis-je fait pour ce style ? Pourquoi ailleurs et pas chez moi ?

C’est grave docteur ?

Non, c’est juste une question de talent et de travail, mon bon monsieur. Faut vous y remettre et bosser encore, encore et encore. Ça vous fera 50 euros.

Enculé !

Commentaires

Rien que le style de l'article me plait énormément...
Et je suis fervent lecteur du "style direct",celui qui ne tergiverse pas, qui ne fait pas de détours par l'itinéraire bis de la littérature, c'est à mon humble avis, le meilleur, il ne cherche pas à donner au lecteur un ton ampoulé lui faire dans l'adjectif chichiteux, dans le complément snobinard, dans l'imparfait du subjonctif à poils ras, mais d'aller droit, de l'attraper et de le tenir en haleine jusqu'à la fin du livre...

Ecrit par : Mosésu | 14.10.2009

Tu m'impressionnes de plus en plus!

Ecrit par : MICHEL | 14.10.2009

Pfffffff !

M'en fous, j'aime les adverbes . . .

Ecrit par : Sergio | 14.10.2009

ouaip, Sergio a raison ! j'le dis toujours : faut foutre des tas d'adverbes, partout, toujours ! sihgné le président du comité de défense des adverbes !

Ecrit par : Pascal | 15.10.2009

Continue ton écriture claque-dans-la-gueule, moi j'adore !!!
Tu tiens le bambou (le bon bout bien sûr)

Didier

Ecrit par : Didier | 15.10.2009

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