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19.04.2008
Sauver quelque chose du temps ou l'on ne sera plus jamais
Annie Ernaux est une « classique », en ce sens qu’elle a déjà publié 14 romans aux éditions Gallimard. Certains titres sont même édités dans la collection « Foliothèque », et régulièrement étudiés au lycée. Citons La place, un livre sur son père, mort précocement d’un infarctus, Une femme, un roman sur sa mère. Ou encore L’événement, dans lequel elle relate son expérience traumatisante d’un avortement clandestin. 
Annie Ernaux a 67 ans et vient de publier Les années, une apparente autobiographie.
Apparente seulement, car elle ne dit pas « je », mais « elle ». Et à travers ce « elle », c’est finalement l’histoire des femmes – et des hommes – de sa génération qu’elle raconte. Et aussi sans doute parce que selon elle, l’individu ne se conçoit pas en tant qu’entité, mais bien rapport à une société, une culture, une histoire.
La petite, celle somme toute commune d’une vie de femme soixantenaire : les interdits qu’il faut braver, les expériences, la sexualité, la famille, le divorce, les amants, la maladie, la vieillesse.
Et la grande : celle de l’immédiat après-guerre, de Mai 68, des tours du World Trade Center, du 21 avril 2002… Et des visages familiers, évoqués au gré du souvenir : Gabrielle Russier, Jean-Paul Sartre, François Mitterrand…
Dans ses précédents romans, Annie Ernaux revendiquait une absence de style, une lisibilité et une transparence absolues. Grande différence dans Les années. Un peu à la manière de Pérec, Annie Ernaux, à partir de clichés d’époque ou d’anciens journaux intimes, convoque le souvenir, de façon parfois lapidaire, mais avec un souci presque maniaque du mot et de la phrase.
Toutes ces époques, ces décennies, sont ponctuées par le souvenir de repas de famille. De ces repas où se transmet la mémoire familiale, sans qu’on s’en aperçoive. Parce que vous êtes d’abord trop jeunes, puis trop désinvoltes, puis trop vieux.
Le banquet de la vie.
Ce qui me connaissent savent que le thème du temps qui passe est chez moi une obsession. Je suis donc entré dans ce roman avec une carapace bien fragile, et le pressentiment que j’allais être submergé par l’émotion.
Alors bien sûr, j’ai été ému jusqu’aux larmes. Pas par un passage précis, mais par le sentiment diffus de douce nostalgie qui se dégage de ce livre. Mais malgré la thématique annoncée, Annie Ernaux nous apparaît malgré tout sereine. Lucide, mais sereine.
Annie Ernaux travaille en ce moment sur son seizième roman sur une année essentielle de sa vie. Elle a l’avenir devant elle.
Ce livre est magnifique.
20:32 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Merci Max pour cette fiche de lecture qui me donne envie de découvrir cet auteur et ce livre.
Je t'embrasse ma poule.
Serge.
Ecrit par : serge | 20.04.2008
